Vous l'avez dégotée un dimanche matin, entre deux stands, pour une somme qui vous a fait sourire. Une fois rentré, le plateau gondole, un pied joue un peu et le vernis a pris cette teinte grisâtre qui ne part pas avec un coup de chiffon. Alors, on bricole ou on appelle quelqu'un ? La réponse dépend moins de l'âge du meuble que de ce qui est réellement cassé.
Diagnostiquer la table avant de toucher à quoi que ce soit
La tentation est forte de sortir le papier de verre tout de suite. Résistez. Deux ou trois heures passées à examiner la pièce évitent la plupart des erreurs, et la réponse se trouve souvent sous le plateau, là où personne ne regarde jamais.
Retournez la table et prenez le temps d'observer :
- L'assemblage : tenons et mortaises, chevilles en bois, vis ou simple colle. Une table chevillée se démonte et se resserre sans drame. Une table collée sur ses traverses demande bien plus de précautions.
- L'essence : chêne, noyer, merisier ou hêtre ne réagissent pas pareil au ponçage ni aux produits. Le grain, la couleur et le poids donnent déjà de bons indices.
- Le placage : une fine couche de bois noble collée sur une âme moins belle. Il se ponce à peine, et un excès d'énergie le troue ou le fait disparaître.
- Les insectes : de petits trous ronds accompagnés d'une poudre très fine signalent une activité passée ou présente. Un meuble attaqué se traite avant toute restauration esthétique, sinon le travail finit en poussière.
- Les anciennes finitions : sur un meuble ancien, une couche de peinture ou de vernis peut contenir du plomb. Un test de détection, vendu en magasin de bricolage, donne une réponse en quelques minutes. S'il est positif, pas de ponçage à sec, jamais.
Ce que vous pouvez faire vous-même
Le rafraîchissement reste à la portée d'un bricoleur patient. Deux conditions, cependant : travailler dans une pièce bien ventilée, et tester chaque produit sur une zone discrète, sous le plateau par exemple.
Nettoyer avant de décaper
Une éponge imbibée d'eau savonneuse fait déjà remonter beaucoup de patine. On est parfois surpris de voir la couleur d'origine réapparaître après dix minutes de frottage. Beaucoup de tables chinées n'ont besoin de rien de plus.
Raviver un vernis fatigué
Un vernis terne se dépolit à la laine d'acier très fine, dans le sens du fil, puis reçoit une cire d'abeille ou un vernis-cire. Le geste reste réversible, et il suffit souvent à une pièce qui n'a pas vraiment souffert. Ne surchargez pas la cire : une couche fine, polie après séchage, vaut mieux qu'une épaisse couche collante.
Poncer sans tout emporter
Un grain 120, puis un grain 180, suffit pour un plateau sain. Au-delà, vous effacez les marques du temps, mais aussi une partie de la matière. Le ponçage est le seul geste de cette liste qui ne se rattrape pas. Mieux vaut revenir en arrière que de creuser.
Resserrer un pied qui joue
Un pied qui bouge se répare souvent avec de la colle à bois et des serre-joints, à condition de bien nettoyer l'ancienne colle et de ne jamais forcer sur un assemblage déjà fendu. Forcer, c'est justement ce qui transforme une petite reprise en gros chantier.
Quand faire appel à un ébéniste
L'ébéniste intervient dès que la structure est en cause. Si vous constatez l'un de ces signes, mieux vaut ne pas insister seul :
- un pied ou une traverse désolidarisés, ou un assemblage qui bouge quand on le pousse ;
- un plateau fendu, voilé ou décollé de son chant ;
- un placage soulevé en plusieurs endroits, ou manquant ;
- une vermoulure profonde, qui a atteint le cœur du bois ;
- une pièce ancienne ou identifiable comme un objet de design, pour laquelle une réparation maladroite fait perdre plus de valeur que la réparation ne coûte.
Concrètement, il démonte, remet d'équerre, remplace une pièce à l'identique (un pied tourné refait, un morceau de placage rapporté), ajuste, puis finit à la gomme-laque ou à l'huile. Demandez-lui de garder tout ce qui est d'origine quand c'est possible. Un pied d'origine recollé vaut presque toujours mieux qu'un pied neuf qui se voit.
Quand faire appel à un tapissier
Le tapissier ne touche pas à la charpente. Son terrain, c'est tout ce qui se couvre : un plateau capitonné, habillé de cuir, de skaï ou de tissu, un tiroir garni, une entretoise recouverte. Quand la mousse s'est affaissée ou que le revêtement se déchire aux angles, c'est lui qu'il faut appeler. Souvent, d'ailleurs, il intervient après l'ébéniste, une fois le bois remis en état. Inverser l'ordre, et l'on risque de tout recouvrir sur un support qui bouge encore.
Combien cela peut-il coûter ?
Le tarif dépend de trois choses : l'essence, l'état réel du meuble et le nombre d'heures de main-d'œuvre. Un ponçage et une finition sur une table saine tiennent en une demi-journée. Un pied à refaire ou un placage à reprendre peut vite multiplier ce temps, et le devis grimpe avec.
Une règle simple aide à trancher. Comparez le montant proposé à ce qu'une table équivalente coûterait neuve ou d'occasion. Si la restauration dépasse nettement ce seuil, et que la pièce n'a ni valeur d'origine ni attache particulière, la réparation maison ou le remplacement deviennent plus raisonnables. Pour avoir un repère de prix avant de signer, regardez aussi les tables restaurées mises en vente, par exemple sur table-basse.info. Et demandez trois devis, histoire de comparer vraiment.
Bien choisir son artisan
Un bon artisan vous dira d'emblée ce qu'il peut faire, et ce qu'il préfère ne pas faire. Avant de signer, vérifiez quelques points, sans vous laisser impressionner par un atelier bien rangé :
- il pratique la restauration, et pas seulement la fabrication de meubles neufs ;
- il peut vous montrer des réalisations comparables à la vôtre ;
- son devis sépare la main-d'œuvre des fournitures ;
- il examine le meuble avant de chiffrer, et il peut parfois se prononcer à partir de photos détaillées, dessous et assemblages compris ;
- il est immatriculé au répertoire des métiers, ce que vous pouvez vérifier en quelques clics.
Préparer votre demande
Un dossier soigné fait gagner des allers-retours. Joignez des photos des quatre faces, du dessous, des assemblages et des zones abîmées, de préférence en lumière naturelle plutôt que sous le plafonnier, qui écrase tout. Ajoutez les dimensions et le poids, qui comptent plus qu'on ne le pense pour organiser le transport.
Dites aussi ce que vous savez de la provenance, le budget que vous vous fixez et l'usage que vous ferez de la table. Une table pour un salon très fréquenté n'appelle pas le même traitement qu'un objet de collection.
Le tableau de décision
| Situation | Intervenant conseillé |
|---|---|
| Pied ou assemblage qui bouge | Ébéniste |
| Plateau gondolé ou fendu | Ébéniste |
| Placage soulevé ou manquant | Ébéniste |
| Vernis terne, rayures superficielles | Vous-même, ou un ébéniste-restaurateur |
| Revêtement de cuir, skaï ou tissu usé | Tapissier |
| Pièce ancienne ou potentiellement de valeur | Restaurateur spécialisé, avis préalable de l'ébéniste |
En résumé
Commencez par diagnostiquer la table, puis gardez la main sur ce qui reste superficiel. Dès que la structure, le placage ou une pièce ancienne entrent en jeu, confiez le meuble à un ébéniste, et au tapissier pour tout ce qui se couvre.